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> ce soir, ne pas oublier d'aller sur France 5

Rédigé par webmestregg Aucun commentaire
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                          Dimanche soir 19 septembre 2021 sur France 5 : " Vert de rage ", série documentaire scientifique " Engrais maudits " à 20 h 55, " Du charbon dans les poumons " à 21 h 45. ( extrait du Canard enchaîné du mercredi 15 septembre 2021 )

Pommes grenaille
La bouche de Medhi. un jeune Marocain de 12 ans vivant à Safi, est douloureuse. Gencives enflées, dents jaunies à l'émail brisé. Dans la campagne alentour, un berger nous montre la gueule de son âne. Mêmes dents gâtées, mêmes chairs meurtries. L'animal se laisse mourir. « C'est à cause de l'eau du robinet ». affirme le père de Medhi. « Les broussailles sont empoisonnées », jure le fellah.
Ni l'un, ni l'autre, ni personne dans la région ne s'en est jamais plaint. Les gens montrent du doigt l'Office chérifien des phosphates (OCP) et son immense usine de fertilisants, mais qui pour s'élever contre cette société semi-étatique au conseil d'administration de laquelle siège le Premier ministre marocain ? Le phosphate, c'est l'or du pays. Transformé en engrais, il est exporté partout dans le monde. Et peu importe que l'industriel déverse jour et nuit ses déchets dans la mer, peu importe si le dentiste de la ville soigne à l'infini des bouches corrodées par la fluorose dentaire. Ici. personne n'ose mettre en cause ce trésor national.

Métal hurlant
Au moment où le journaliste Martin Bouclot interviewe le jeune Medhi, tout le monde dénonce la pollution de l'eau par les rejets toxiques de l'OCP, mais personne n'a de preuves. C'est donc lui, le reporter, accompagné d'un lanceur d'alerte marocain, qui prélève l'eau du robinet et les rejets de l'usine, en jouant à cache-cache avec la police royale. Lui encore qui traque l'engrais jusqu’en Bretagne, où la patate se régale de phosphate.
Mais, si la terre marocaine est riche en acide phosphorique, l'épuiser à la pelleteuse rapporte d'autres composants de la croûte terrestre à la surface. Les analyses prouvent que l'eau bue par Medhi ne respecte pas les normes internationales de potabilité. Pire encore, du cadmium est mélangé au phosphate vendu comme engrais. Un métal lourd classé cancérigène, toxique pour les reins, les os, le foie. Que Boudot va rechercher dans les granules épandus sur les patates bretonnes.
Après les Marocains qui harcelaient les contacts du journaliste, voilà maintenant le lobby français de l'engrais qui le bloque. Dans une note interne savoureuse, l'Union des industries de la fertilisation (Unifa) interdit à ses membres de lui répondre, car « la balance bénéfice/risque est très défavorable ».
Un grand fabricant d'engrais agricoles refuse de lui vendre un échantillon de ses produits ? Il déniche une taupe qui lui en procure un. Puis le fait analyser. Il achète 28 pommes de terre provenant de toute la France et les confie au département de toxicologie biologique de l'hôpital Lariboisière. Il demande à 57 volontaires bretons de pisser dans une éprouvette. Le cadmium est présent partout. Parfois au-delà du « seuil critique ». Face à de telles conclusions, même le ministre de l'Agriculture sonnera le tocsin.
Cet équipage inhabituel - un journaliste accrocheur, des scientifiques et des militants associatifs - nous apprend aussi qu'il suffirait de 12 dollars pour purifier 1 tonne d'engrais. Le procédé est connu. Alors pourquoi tarder ? Un ancien tradeur de fertilisants balance ses copains : « Ils ont les deux pieds sur le frein en attendant qu'on les y oblige. »