> déserts médicaux : l'appel de médecins et de maires contre une proposition de loi "simpliste et démagogique"
Tribune. De très nombreux représentants des médecins ainsi que l’association des maires ruraux s’opposent à la proposition de loi Garot et au concept de régulation à l’installation dans les territoires.
Depuis plusieurs années, les difficultés d’accès aux soins sont au cœur des préoccupations de la population française. Tandis que la problématique s’exacerbe, la tentation se fait de plus en plus grande de céder aux mesures démagogiques mises en avant par certains politiques. C’est pourquoi nous, étudiants en médecine, internes et médecins, tenons à rappeler qu’il n’existe pas de solution simpliste à un problème complexe.
Les difficultés actuelles ont une origine multifactorielle. La démographie médicale reste fortement impactée par le numerus clausus instauré dans les années 1970, et ayant atteint son paroxysme dans les années 1990, limitant drastiquement le nombre de médecins formés et donc l’offre de soins. La croissance démographique de la population, associée à son vieillissement et à une augmentation des pathologies chroniques, a décuplé les besoins de santé. La conclusion de cette équation est simple : l’offre de soin médicale est aujourd’hui insuffisante pour faire face à la demande de soins, en particulier en médecine ambulatoire, du fait de la diminution marquée de l’exercice libéral.
Malgré ces données, les attaques contre la médecine libérale se multiplient. Le système de santé repose pourtant sur deux jambes : la médecine de ville, majoritairement libérale, axée sur le premier et second recours, et l’hôpital, dont l’expertise est tournée vers le second voire troisième recours. L’effondrement de l’exercice libéral aura comme conséquence le débordement de l’hôpital, dans l’incapacité de faire face à l’ensemble des demandes de soins de la population. Il est donc urgent de soutenir équitablement ces deux exercices complémentaires, nécessitant des mesures de soutien plus que l’ajout de contraintes supplémentaires.

Des mesures simplistes, dont l’efficacité n’est pas prouvée
Dans ce contexte, des mesures simplistes sont souvent vendues comme une solution miracle. Elles trouvent de plus en plus d’écho malgré l’absence d’efficacité prouvée et les alertes répétées de la profession quant aux effets pervers qu’elles engendreraient.
Ces dernières années, un groupe de travail transpartisan sur l’accès aux soins, mené par le député Guillaume Garot, s’évertue à mettre sur le devant de la scène le concept de régulation à l’installation. Cette mesure revient à interdire l’installation de médecins supplémentaires dans les zones non classées comme sous-dotées par les agences régionales de santé, dans l’espoir que ces installations se reportent vers les territoires sous-dotés.
Cette idée a déjà fait l’objet de plusieurs propositions de loi, la prochaine sera examinée par l’Assemblée Nationale le 31 mars. Si le modèle de régulation peut sembler séduisant, celui-ci se concentre sur la question de la répartition, ignorant le contexte de démographie médicale libérale en berne. C’est pourquoi il est illusoire de penser que les zones sous-dotées (couvrant 87 % du territoire) sont le fruit de zones sur-dotées, dans lesquelles exerceraient trop de médecins ! Interdire des installations dans certains territoires, sans aucune garantie que celles-ci se reportent ailleurs, ne revient qu’à freiner l’augmentation de l’offre de soins.
Chez les infirmiers, une régulation des installations a été mise en place en 2012. Si cette mesure a permis de limiter les installations en zones sur-dotées, l’impact est à nuancer, les installations interdites ne s’étant pas reportées sur les zones sous-dotées, mais davantage sur des zones intermédiaires. Tout cela dans un contexte très particulier de forte augmentation du nombre d’infirmiers libéraux en activité et d’inégalités territoriales particulièrement importantes. Notons que, malgré cette régulation, la répartition des médecins généralistes reste plus homogène que celle observée pour les autres professions de santé, que 98 % de la population a accès à un généraliste à moins de 10 minutes et pour la plupart à un médecin spécialiste à moins de 20 minutes, et que l’accessibilité globale aux infirmiers est finalement en baisse.
Le modèle allemand, intégrant une mesure similaire, démontre d’ailleurs l’inefficacité de cette solution. Le rapport d’information du Sénat de 2016 sur l’organisation et le financement de la médecine de ville en Allemagne explique que " si le conventionnement sélectif permet d’empêcher l’implantation de nouveaux médecins dans les zones sur denses, il ne parvient pas à l’imposer dans les zones sous-denses. On constate, en fait, une fuite des médecins vers d’autres formes d’exercice, ou une implantation à la frontière des zones sur denses. "
Cette proposition n’a donc pas fait preuve d’efficacité car répartir une pénurie ne saurait résoudre un problème quantitatif. Quel élu serait aujourd’hui prêt à interdire l’installation de nouveaux médecins sur son territoire ? Les déserts médicaux sont partout, y compris dans les grandes villes. La question de la régulation relève davantage d’une tentative infructueuse de satisfaire les attentes électorales plutôt que de la recherche d’une réponse pérenne et efficiente aux besoins des territoires. C’est pourquoi nous appelons les décideurs politiques à la plus grande vigilance face à ces mesures inefficaces et dangereuses.
Une nouvelle charge sur les médecins, dont la santé mentale est déjà précaire
Construire une réponse au défi de l’accès aux soins nécessite d’agir avec et non pas contre les médecins d’aujourd’hui et de demain. Nous souhaitons avant tout agir dans la confiance, pour construire des mesures d’amélioration des conditions de travail, levier principal pour améliorer l’attractivité et susciter davantage d’installations. Nous nous opposerons à ces mesures coercitives bâclées, connues pour leur inefficacité.
Faire peser le poids de la situation actuelle de notre système de santé sur les derniers garants de la médecine de ville ou sur les futures générations de médecins, alors que leur santé mentale est déjà précaire, serait une grave erreur. Elle exposerait à de nombreux risques dont celui de retarder l’augmentation de la démographie médicale en altérant l’attractivité du métier de médecin, et reviendrait sans aucun doute à porter le coup de grâce à l’exercice de premier recours, privant la population de soins de proximité essentiels. - source -

Tiens ? La santé mentale des médecins est précaire ? Les pôvres ! Que dire de celle des patients qui crèvent en silence dans les campagnes !!! Bref, mais on le sait depuis longtemps : les médecins sont vent debout contre une éventuelle mesure de contrainte d'installation. Pourtant, il semblerait, contrairement aux arguments avancés que ce soit la seule solution pour en finir avec les zones médicales sous-dotées qui représentent quand même 87% du territoire et combien de morts ? Au moins 159.500 ? C'est à dire 50x plus que les décès routiers et on ne doit rien faire ? Comme d'autres professions de santé, toute installation d'un médecin devrait faire l'objet d'une autorisation. Une consultation des citoyens par référendum sur le sujet obtiendrait au moins 85% de voix pour cette régulation d'installation...
