> « oui, il y a une origine industrielle des cancers »
La prévention contre les cancers doit « s’appuyer sur deux jambes » : le changement des comportements individuels mais aussi une politique de réglementation stricte de l’usage des produits industriels, expliquent Marc Billaud (Centre de recherche en cancérologie de Lyon) et Pierre Sujobert (Université Lyon 1, HCL).
Ces derniers mois, des études ont mis en évidence des liens entre des facteurs environnementaux et certains cancers - en particulier entre pesticides et cancer du pancréas - tandis que Santé publique France alertait sur l’augmentation de certains cancers chez les jeunes, population pour laquelle les principales causes mises en avant dans la hausse de l’incidence - le vieillissement de la population et un meilleur dépistage - ne sont pas valables.
Une tribune dans Libération
Certains cancérologues se sont émus de l’écho donné dans les médias à ces études, estimant que cela brouillait le message sur l’importance des comportements individuels dans la prévention des cancers - les principaux facteurs de risque étant le tabac, l’alcool, l’obésité. Ce discours, qui minimise les causes environnementales du cancer, a poussé Pierre Sujobert, chercheur et professeur d’hématologie à l’Université Lyon 1 et aux Hospices civils de Lyon et Marc Billaud, chercheur émérite CNRS au Centre de recherche en cancérologie de Lyon, à publier une tribune dans Libération, pour « exiger une action politique forte contre les expositions aux agents cancérigènes ».

Des données épidémiologiques « solides »
« L’ensemble des travaux scientifiques confirme des éléments préoccupants. Oui, il y a une origine industrielle des cancers. Plus de 100 000 produits chimiques sont en circulation et nous n’avons aucune idée de la toxicité de la majorité d’entre eux. Nous sommes exposés dans notre environnement domestique et professionnel. Plus de 500 substances (dont des PFAS) sont déjà connues pour avoir un potentiel cancérogène, selon le Centre international de recherche sur le cancer. L’Inserm a conclu, en 2021, à des présomptions fortes de liens entre certaines pathologies et l’exposition aux pesticides. Ces données épidémiologiques sont solides et doivent servir de base aux décisions de santé publique », explique, au Progrès Marc Billaud.
« La prévention contre le cancer est un enjeu sanitaire majeur. Et elle doit s’appuyer sur deux jambes : le changement des comportements individuels et une politique de réglementation stricte de l’usage des produits industriels », poursuit Marc Billaud.
« Aujourd’hui, en santé publique, on met surtout l’accent sur le comportement individuel. Si on est malade, c’est un peu de notre faute », regrette le Pr Pierre Sujobert. « Les facteurs socio-économiques sont passés sous silence. 40 % des cancers sont évitables mais pas uniquement en changeant nos comportements individuels.
Cette vision occulte les déterminismes environnementaux, sociaux et politiques. On réduit souvent cette maladie à un simple problème biologique alors qu’elle tue trois fois plus dans la classe ouvrière. Une forme de discours d’inspiration néo-libérale fait de chacun l’auto-entrepreneur de son capital santé où tout serait choisi et rien ne serait subi. Ce discours imprègne les messages de prévention. Mais, on ne peut pas arrêter de respirer ni de boire, même si l’air et l’eau sont pollués par des cancérogènes ! », s’insurge Marc Billaud.
Au travers de leur tribune et de l’organisation de colloques au CLB, les deux chercheurs en cancérologie lyonnais aimeraient que leur communauté prenne conscience de l’urgence des enjeux et s’engage « fermement dans le débat public » pour peser sur les décisions politiques. Et tenter de faire reculer les lobbies qui parviennent toujours à freiner la prévention, comme l’illustre l’absence de soutien institutionnel au Dry January ou les entraves au déploiement du Nutri-Score. - source -

On s'en doutait presque pas. Mais là, le doigt est clairement mis sur les méthodes cyniques et vicelardes des autorités, assistées les médias des milliardaires, pour enfumer les gueux et disculper les vrais génocidaires des populations...
